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L’immersion à l’institut de la Sainte-Famille: trois ans déjà !

             

A l'Institut de la Sainte-Famille, l'immersion linguistique en néerlandais est proposée en 1re, 2e ,3e et 4e année. Elle sera également accessible aux élèves de 5 e à partir de l'année scolaire 2013 - 2014.

Durant l'année scolaire 2010 2011 , les élèves de 6eA (aujourd’hui disséminés sur les bancs de l’enseignement supérieur) ont voulu mener leur enquête sur une aventure dont ils entendaient depuis de nombreux mois les échos séduisants : l’immersion linguistique à la Sainte-Famille. Jalousant leurs petits frères et leurs petites sœurs qui avaient l’inestimable chance de la vivre, ils ont décidé de promener leurs micros dans la cour de récréation des élèves concernés, dans le bureau de la directrice et dans les environs de la salle des professeurs, où ils espéraient rencontrer Mme Lebbe, fée de l’immersion à la Sainte-Famille, M. Emmada et M. Bardyn.

Mais qu’est-ce que l’immersion linguistique ?

L’immersion linguistique est une approche alternative à l’apprentissage traditionnel des langues étrangères, née d’un décret publié en 2007. Elle consiste, pour l’élève, à se plonger (à s’immerger) de façon durable dans une seconde langue au cours de sa scolarité, grâce à l’enseignement de certaines matières dans cette langue. La Sainte-Famille, en 2009, a décidé de se lancer dans cette audacieuse expérience pédagogique, en confiant le cours d’étude du milieu de deux classes de première à un professeur néerlandophone. Aujourd’hui, tandis que ces élèves pionniers font l’expérience d’une troisième année en immersion et se préparent à gravir les échelons de cette filière linguistique jusqu’en sixième, d’autres suivent vaillamment leurs pas dans le cycle inférieur.

Bilingues en fin de sixième ?

Quelles raisons précises ont bien pu pousser la directrice à instaurer l’immersion à la Sainte-Famille ? C’est la question que Christelle et Laëtitia lui ont posée. « Pour donner une possibilité aux jeunes de parler aisément le néerlandais en fin de sixième, pour ajouter une corde supplémentaire à leur arc », leur a-t-elle répondu, avant de préciser que cette méthode « leur permettrait d’apprendre la langue de façon approfondie sans devoir passer par la solution coûteuse adoptée par les familles aisées : des stages à l’étranger pendant les vacances. » En effet, comme le confirme M. Bardyn, interviewé par Nora et Nijazi, « de plus en plus de parents francophones inscrivent leurs enfants dans les écoles néerlandophones afin qu’ils soient bilingues. Mais ce type de démarche n’est pas forcément possible pour tous les parents ou pour tous les élèves, car cela demande un niveau d’adaptation assez élevé ». Dès lors, selon lui, comme pour la directrice, l’immersion serait « une deuxième chance, une deuxième opportunité à Bruxelles d’apprendre le néerlandais, une alternative pour les élèves qui ne pourraient pas s’intégrer dans une école néerlandophone ou pour les parents qui n’auraient pas les moyens ou le réflexe de les y inscrire. » Les cours de cette filière n’auront, certes, pas l’avantage d’être donnés à l’étranger, mais si, comme le préconise M. Bardyn, ils sont de nature à dépasser les frontières du cadre scolaire, à élargir leur objet d’étude (comme peuvent le faire, par exemple, un cours d’histoire et de photographie), ils permettront aux élèves qui les suivent de « sortir de Bruxelles, d’être en contact avec le monde extérieur. » Mme Lebbe imagine même, quant à elle, que les cours sélectionnés pour être enseignés en néerlandais dans les classes d’immersion soient moins cérébraux que le cours d’étude du milieu : elle ne doute pas que des cours plus ludiques, nécessitant un travail d’équipe intensif (comme le cours d’expression musicale ou d’éducation physique, par exemple), puissent améliorer efficacement, et peut-être davantage, le néerlandais des élèves.

En favorisant le bilinguisme, l’immersion linguistique offre des atouts majeurs aux élèves qui, tôt ou tard, seront confrontés au marché de l’emploi. Comme le souligne M. Emmada, « la maîtrise du néerlandais, c’est une des conditions d’accès pour trouver un travail, surtout à Bruxelles, où on vous demande souvent si vous maîtrisez les deux langues. C’est vraiment un avantage. » L’enjeu citoyen n’est, bien sûr, pas non plus négligeable, comme le confiait Wassim à Najlae et à Siham : « J’ai choisi moi-même d’aller en immersion car j’habite à Vilvoorde, où il faut parler néerlandais. »

Il faut toutefois rester prudent lorsqu’on fait miroiter l’objectif du bilinguisme aux yeux des élèves. Mme Lebbe le répète : l’immersion précoce et radicale (dès les premiers mots de l’enfants) est, forcément, beaucoup plus efficace que l’immersion tardive (à partir de douze ans). Selon M. Bardyn, il n’y a qu’une façon d’être totalement bilingue : « Il faut un bain intensif, de longue durée dans la langue ». Dès lors, « même si l’on bénéficie, grâce à l’enseignement en immersion, de huit heures de néerlandais par semaine, ce ne sera pas suffisant pour maîtriser parfaitement la langue, comme l’on maîtrise sa langue maternelle. » Cependant, nuance M. Bardyn, les critères du monde professionnel ne s’appuient généralement pas sur la même définition du bilinguisme : « Ce qu’on nous demande lors d’un entretien d’embauche, c’est de comprendre la langue, d’être capable de nous exprimer, de maîtriser les bases de la langue. » Dans cette optique, les élèves sortant d’une classe d’immersion « ne seront sans doute pas de purs bilingues en sixième, mais auront plus de facilités à comprendre, à s’exprimer par rapport aux élèves qui n’ont eu que quatre heures de néerlandais par semaine. Ils seront donc mieux préparés que les autres au monde du travail. » En tant que traducteur, M. Emmada ne se fait pas plus d’illusions que M. Bardyn quant à l’espoir d’un bilinguisme au sens strict pour ses élèves : pour lui, « être bilingue, c’est pouvoir faire, entre les deux langues, des transferts dans des domaines aussi pointus et variés que les domaines culturel, scientifique, politique, etc. Or, cela, c’est impossible en secondaire, surtout avec huit heures de cours. » En ce sens, on pourrait même aller jusqu’à dire, avec lui, que « le bilinguisme n’existe pas », mais que les élèves de la Sainte-Famille qui ont bénéficié de l’immersion auront, en sixième, à défaut de cet utopique objectif, atteint « un très, très bon niveau de communication. »

Pour faire autant de progrès, il faut de la volonté 

On comprend, ainsi, la dimension démocratique d’un tel projet : loin d’être élitiste, il se veut ouvert à tous les élèves volontaires, conscients des enjeux à long terme de l’apprentissage intensif d’une langue. C’est pour cette raison que l’idée d’un examen d’admission a d’emblée été écartée par notre Directrice : « Cela va a l’encontre de l’esprit du projet qui est d’ouvrir l’immersion à tout le monde. Mais vu que le système immersif est quand même plus difficile, on doit être sûr d’avoir les parents avec nous pour permettre à l’enfant d’avoir un soutien à la maison. Cela doit être un projet de famille. » M. Emmada met également l’accent sur la volonté personnelle et sur la nécessité d’une étude régulière à domicile : « Sur une classe de vingt, trois ou quatre peut-être regrettaient leur choix. Pourquoi ? Le problème, c’est que leur réussite dépendait d’eux, de leur travail à domicile. Or, quand on est en première secondaire, on n’a pas forcément la maturité suffisante pour se discipliner… Pour deux des quatre élèves, la raison de leurs difficultés était un manque de travail à la maison et, pour les deux autres, c’était un manque de motivation : c’étaient surtout les parents qui avaient insisté, qui les avaient poussés à s’inscrire en immersion, alors que les enfants n’étaient pas vraiment volontaires ; ce n’était pas leur choix. »

Le profil des élèves choisissant l’immersion est, de fait, assez caractéristique : comme le dit la directrice, « ces élèves ont, en tout cas, une façon positive d’aborder les études, puisqu’ils sont capables d’envisager leur apprentissage à long terme, de se rendre compte, dès maintenant, des enjeux du néerlandais par rapport à leur avenir. » Mme Lebbe ajoute cependant que les élèves auxquels ce type d’apprentissage réussit le mieux sont ceux qui manifestent avant tout un goût pour la langue en elle-même, qui s’inscrivent en immersion « parce qu’ils aiment bien le néerlandais », avant d’envisager l’utilité socio-professionnelle de leur choix. Le plaisir n’est-il d’ailleurs pas la clef de la motivation et du succès ? Comme le conseille Mme Lebbe, un élève s’engageant dans une classe d’immersion devrait le faire comme d’autres s’inscrivent en latin ou en sciences économiques : par goût, par désir. Sans cette condition fondamentale, il est probable que sa motivation soit trop fragile pour produire des résultats satisfaisants. Qu’en pensent les élèves concernés ? L’expérience d’Imane (3eB), à ce sujet, est assez éloquente : « Pour moi, c’est un grand privilège d’être en immersion. En effet, je me sens comme une chanceuse par rapport à la tonne d’élèves qui souhaiteraient faire cette expérience. La plupart des élèves en immersion ont fait ce choix, soit pour approfondir leurs connaissances en néerlandais, soit parce qu’ils avaient des facilités dans cette langue. Pour ce qui est du travail, je pense qu’on a d’un côté un peu plus de travail (on ne comprend pas toujours tout du premier coup et parfois ça nous décourage) et qu’on a aussi un peu moins de travail (on reçoit toutes les explications en néerlandais et pendant les exercices ou les interros on n’a pas vraiment besoin de traduire, vu qu’on a déjà tout appris en néerlandais). Attention ! Je ne dis pas que l’immersion c’est super-facile, loin de là ! Il faut quand même travailler un minimum ! Mais personnellement, je ne pense pas que l’on puisse rater son année juste à cause de l’immersion. La chose la plus difficile en immersion, ce sont les premiers mois de la première année, où l’adaptation est difficile, notamment à cause de la compréhension des cours en néerlandais (mais les profs essaient de donner le cours un peu plus en français au début, puis de supprimer peu à peu le français pour laisser place au néerlandais). Après, forcément, on fait des progrès, qu’on en soit conscient ou pas. Quand je revois des gens à qui je parlais en néerlandais l’année passée, et que je parle avec eux aujourd’hui, ils me font remarquer mes progrès alors que je ne m’en étais pas rendu compte ! Je dirais que pour faire autant de progrès, il faut avoir de la volonté, il faut bien suivre les cours et quelquefois, même, « s’imposer » des devoirs (en écrivant un peu comme une histoire, en revoyant tout ce qu’on a vu depuis le début de l’année lorsqu’on a des vacances, etc.). Et puis, comme on dit, sans volonté il n’y a pas grand chose que l’on peut réussir. »

À la volonté, Mme Lebbe ajoute une qualité essentielle pour mener avec fruit une année en immersion : la curiosité. Les jeunes élèves, confrontés à une langue qu’ils ne comprennent pas, voient en eux se créer des manques, des besoins. Ces besoins sont, selon Mme Lebbe, les points de départ de l’apprentissage : après leurs premières journées de cours, les élèves sont invités à coller aux murs de la classe les termes et les expressions qu’ils ont relevés de façon récurrente dans les consignes, orales ou écrites, de leurs professeurs, et qui leur ont semblé importantes, voire urgentes, à maîtriser. Peu à peu, avec ce type de méthode, les questions et les mots s’amoncellent dans la classe, ce qui produit un heureux effet de réciprocité : la curiosité rend les élèves attentifs, et l’attention attise cette curiosité, favorisant, en cela, le sens et l’efficacité du cours. Ceci permet à Mme Lebbe de suivre les exigences qu’elle s’est fixées en première année : dès la Toussaint, elle ne s’exprime plus qu’en néerlandais dans sa classe, et dès janvier, les élèves eux-mêmes ne peuvent plus recourir, dans les deux cours concernés, au moindre mot de français.
Mme Vanderslyen, nouvelle enseignante à la Sainte-Famille, apprécie, en tout cas, les résultats de cet apprentissage intensif chez ses élèves de troisième, à qui elle enseigne l’histoire : « Ils ont un bon niveau de compréhension, ils sont vifs d’esprit. » En somme, ils n’ont, selon elle, rien à envier aux élèves qu’elle a pu rencontrer, précédemment, dans certaines écoles prestigieuses, si ce n’est, peut-être, un manque de rigueur : « Ils comprennent vraiment bien le cours ; ils sont juste parfois très laxistes », précise-t-elle. Elle souligne, également, que les conditions de travail sont particulièrement positives à la Sainte-Famille : le nombre d’élèves par classe n’y est pas démesuré, ce qui permet des corrections et une attention adaptées à chacun, et le cadre disciplinaire, renforcé par une équipe de professeurs soudée, y est excellent.

Un élitisme inavoué ? 

Comme le reflète le témoignage d’Imane, c’est la motivation personnelle des élèves qui pourra garantir leur réussite en immersion. C’est donc cette même motivation qui retiendra tout particulièrement l’attention de Mme la directrice lorsqu’elle les rencontrera, à l’occasion de leur inscription en première année : « En 2009, j’ai ouvert deux classes grâce aux entretiens que j’ai réalisés avec les élèves et leurs parents. L’élève apportait une lettre pour se présenter et je pouvais me rendre compte, en faisant sa connaissance, que ses parents et lui n’étaient pas au courant du projet. Quand je leur en ai parlé, certains ont trouvé cela intéressant. » M. Emmada approuve que l’accès à ce type de filière soit aussi démocratique : « Faire passer un examen d’entrée, c’est un peu dire qu’on ne prend que les meilleurs. Or, une langue, ce n’est pas pour les meilleurs, c’est pour tout le monde. […] Ce qu’on fait, par contre, c’est qu’on demande une lettre de motivation parce que la réussite de l’élève dépend de sa motivation. Ce projet immersion lui correspond-il ou pas ? Si oui, consent-il à faire des efforts, à s’investir, à travailler correctement ? Comme l’élève doit faire une grosse part du travail chez lui, il doit être hypra-motivé. » 

On pourrait évidemment craindre qu’une telle sélection, aussi démocratique soit-elle, suscite involontairement une forme de favoritisme à l’égard des élèves inscrits en immersion au détriment des élèves inscrits dans la filière ordinaire. M. Emmada n’en croit rien et confie son sentiment à Cennet et à Imane : pour lui, « une langue, c’est comme l’informatique, c’est une compétence. Vous voyez bien vous-mêmes, qui n’apprenez pas les langues de manière immersive, que même ceux qui ont un plus faible niveau peuvent arriver à atteindre les objectifs requis. Donc, l’immersion, c’est un système d’apprentissage linguistique, ce n’est pas un programme élitiste qui favorise certains et d’autres pas. Maintenant, c’est clair qu’il y a une culture du travail qui est beaucoup plus présente dans ces classes-là que dans d’autres, et donc ça favorise une certaine ambiance de travail qui permet d’avoir des résultats plus importants dans d’autres matières par exemple. Mais il n’y a pas une volonté de faire une "classe des meilleurs". »

Une attestation de l’école

En fin de sixième, les élèves qui ont réalisé leur parcours scolaire en immersion auront le même diplôme que les autres. En effet, malgré les revendications que les directeurs des écoles francophones ont adressées en ce sens à la communauté française, aucune mention spécifique à l’immersion ne figurera, jusqu’à nouvel ordre, sur le C.E.S.S. Or, selon Mme la directrice, « il faut au moins que ce soit écrit : de la même manière que les maths fortes ou le latin sont précisés, on devrait pouvoir indiquer sur le bulletin que les élèves ont obtenu leur diplôme avec l’immersion linguistique. Qu’ils se présentent n’importe où, ce sera la preuve qu’ils maîtrisent le néerlandais. » Heureusement, dans l’attente d’un document officiel, l’école procédera comme elle procède pour les diplômes de qualification : « On donnera aux élèves une attestation de l’école certifiant leur parcours en immersion linguistique. Là, il y aura toute une partie du marché du travail qui s’ouvrira à eux, beaucoup plus facilement, surtout à Bruxelles. »

Perspectives de l’immersion à l’I.S.F. ?

Étant donné son succès, certains élèves rêvent déjà de voir le projet s’étendre à d’autres filières, notamment aux techniques sociales. Même si ce rêve est encore loin de devenir réalité, Mme la directrice reconnaît son intérêt : « Ce serait vraiment intéressant si, en techniques sociales, on pouvait avoir le néerlandais. Les futurs éducateurs pourraient sortir bilingues et travailler dans toute une série d’institutions. Le problème est que beaucoup d’élèves, en troisième, choisissent le social parce qu’il y a moins d’heures de néerlandais et de mathématiques. Cette peur par rapport au cours de néerlandais est donc un obstacle. »

Nijazi et Nora ont, quant à eux, suggéré à M. Bardyn l’idée d’une double immersion, en néerlandais et en anglais. « Les élèves qui sont en immersion en néerlandais et les élèves qui ont des dons en langues pourraient facilement faire les deux », a-t-il répondu, en soulignant cependant un problème caractéristique de notre école : « Certains élèves de première n’ont pas le français comme langue maternelle ; or, ce que l’on constate, c’est qu’un élève qui a de gros problèmes en français, qui ne sait pas bien s’exprimer, est souvent en échec. Il faut d’abord que les élèves maîtrisent le français avant de s’attaquer à une autre langue. »

Par Siham Boughardain, Nora Bouker Ben Aïssa, Christelle Diafwanana, Imane El Arnouki, Arzu Karadag, Cennet Köksal, Ikram Koubai, Imane Koubai, Najlae Laaouani, Laëtitia Laquay, Barbara Pllana, Nijazi Saiti, élèves de la Sainte-Famille coordonnés par Mme Delos.

Avec l’aimable participation de Mme Beckers, Mme Lebbe, Mme Vanderslyen, M. Bardyn et M. Emmada.

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